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a butterfly : merci de faire ce voyage avec nous!!!
là la mamie s'inquiète un peu pour le retour avec les évè
Par brigitisis, le 05.03.2026
super ce voyage avec shana . récit très bien écrit et captivant.
Par Butterfly, le 05.03.2026
merci à maryse et à butterfly. mille pensées ! http://brigiti sis.centerblog .net
Par brigitisis, le 03.03.2026
magnifique !!!!!
Par Butterfly, le 03.03.2026
coucou
c est le mois du printemps ou tout renait !!
bonne semaine a toi bises http://lescock ersdemaryse.c
Par lescockersdemaryse, le 02.03.2026
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Date de création : 13.06.2011
Dernière mise à jour :
05.03.2026
12048 articles
L'auteure
Delphine de Vigan est une romancière, scénariste et réalisatrice française, née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt.
Elle est l'auteure de dix romans dont "D’après une histoire vraie", couronné par le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens en 2015.
Biographie
Carrière
Après une formation au CELSA et divers emplois successifs, Delphine de Vigan devient directrice d’études dans un institut de sondages.
Sous le pseudonyme de Lou Delvig, elle écrit son premier roman, qu'elle qualifie de « fiction autobiographique » : Jours sans faim (2001), qui raconte le combat d’une jeune femme contre l’anorexie.
Un recueil de nouvelles, "Les Jolis Garçons" , et un second roman, "Un soir de décembre", suivent en 2005, publiés sous son vrai nom.
En août 2008, l'écrivaine écrit "Sous le manteau", roman offrant une collection de cartes postales datant du siècle dernier.
La même année, Delphine de Vigan se distingue avec No et moi qui reçoit le prix des libraires l'année suivante et se voit adapté au cinéma par Zabou Breitman. Dans "Les Heures souterraines", publié en 2009 et nommé au Goncourt, elle dénonce le harcèlement moral dans le monde du travail.
Pour ce roman, elle recevra le prix du roman d'entreprise 20097 ainsi que le prix des lecteurs de Corse 2010.
En 2011 paraît "Rien ne s’oppose à la nuit", lui aussi en lice pour le Goncourt et qui évoque les souffrances de sa mère atteinte de troubles bipolaires.
Elle obtient pour ce livre le prix du roman Fnac, le grand prix des lectrices de Elle, le prix Roman France Télévisions et le prix Renaudot des lycéens.
Cette même année, elle signe avec Gilles Legrand le scénario du film "Tu seras mon fils".
En 2013, elle réalise son premier film, "À coup sûr", sorti en janvier 2014, dont elle signe le scénario avec Chris Esquerre.
En 2015, elle obtient le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens avec son roman "D'après une histoire vraie".
En 2017, Roman Polanski en sortira une version cinématographique.
Un an auparavant, le téléfilm français Damoclès réalisé par Manuel Schapira sort.
Delphine de Vigan aura participé à l'élaboration de son scénario.
En 2018, Delphine de Vigan écrit "Les Loyautés", décrivant les liens invisibles entre les êtres.
Un an plus tard, elle poursuit sur le thème des liens entre les êtres avec son roman Les Gratitudes.
En 2019, elle fait partie du jury de la compétition officielle du festival international Séries Mania à Lille.
En 2019, son éditrice Karine Hocine est nommée secrétaire générale éditeur chez Gallimard et Delphine de Vigan la suit.
En 2021 paraît son premier roman aux éditions Gallimard, "Les enfants sont rois", qui traite du sujet des enfants surexposés aux réseaux sociaux. Elle fait partie du jury du Festival du cinéma américain de Deauville.
Ses romans sont traduits dans un peu plus d'une vingtaine de langues
Vie privée
Son grand-père était un publicitaire.
Sa mère posait pour des campagnes de publicité.
Pendant son année de troisième, sa mère sera hospitalisée en psychiatrie.
Elle se suicidera en 2008.
À la suite de son hospitalisation, sa sœur et elle partent en Normandie, chez leur père. Elle a étudié au lycée Napoléon dans une ville de l'Orne, L'Aigle. Elle garde un bon souvenir de cette période du lycée. Elle a obtenu un bac littéraire un an en avance. Puis elle s'est dirigée vers une prépa littéraire : hypokhâgne et khâgne.
Durant ces deux années de prépa, Delphine de Vigan a souffert d'anorexie.
Elle a passé, par la suite, le concours de Normale Sup.
Cependant, son état physique était grave et elle a été sous-admissible.
Après ce concours, elle a été hospitalisée pendant six mois.
Puis, à sa sortie de l'hôpital, Delphine de Vigan s'est dirigée vers un DUT (diplôme universitaire technologique) en information-communication.
Après ce DUT, elle est entrée dans le monde du travail, au sein d'une société d'études.
Et après cinq ans de ce travail, Delphine de Vigan a repris ses études avec une licence et une maîtrise en communication et ressources humaines au CELSA. Elle deviendra mère de deux enfants avec son premier compagnon.
Dorénavant, son compagnon est François Busnel.
L'Histoire :
Chaque jour, Mathilde prend la ligne 9, puis la ligne 1, puis le RER D jusqu’au Vert-de-Maisons.
Chaque jour, elle effectue les mêmes gestes, emprunte les mêmes couloirs de correspondance, monte dans les mêmes trains.
Chaque jour, elle pointe, à la même heure, dans une entreprise où on ne l’attend plus.
Car depuis quelques mois, sans que rien n’ait été dit, sans raison objective, Mathilde n’a plus rien à faire.
Alors, elle laisse couler les heures.
Ces heures dont elle ne parle pas, qu’elle cache à ses amis, à sa famille, ces heures dont elle a honte.
Thibault travaille pour les Urgences Médicales de Paris.
Chaque jour, il monte dans sa voiture, se rend aux adresses que le standard lui indique.
Dans cette ville qui ne lui épargne rien, il est coincé dans un embouteillage, attend derrière un camion, cherche une place.
Ici ou là, chaque jour, des gens l’attendent qui parfois ne verront que lui. Thibault connaît mieux que quiconque les petites maladies et les grands désastres, la vitesse de la ville et l’immense solitude qu’elle abrite.
Mathilde et Thibault ne se connaissent pas.
Ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions.
Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser.
Un jour de mai. Autour d’eux, la ville se presse, se tend, jamais ne s’arrête. Autour d’eux s’agite un monde privé de douceur.
Les heures souterraines est un roman sur la violence silencieuse.
Au cœur d’une ville sans cesse en mouvement, multipliée, où l’on risque de se perdre sans aucun bruit.
Critique :
Lecturejeune 17 février 2012
Extraits :
Mathilde
"Elle a rêvé. Elle a rêvé de cette femme qu'elle a vue il y a quelques semaines, une voyante, oui, voilà, sans châle ni boule de cristal, mais une voyante quand même. Elle a traversé tout Paris en métro, s'est assise derrière les rideaux épais, au rez-de-chaussée d'un immeuble du seizième arrondissement, elle lui a donné cent cinquante euros pour qu'elle lise dans sa main, et des les nombres qui l'entourent, elle y est allée parce qu'il n'y avait rien d'autre, pas un filet de lumière vers lequel tendre, pas un verbe à conjuguer, pas de perspective d'un après. Elle y est allée parce qu'il faut bien s'accrocher à quelque chose."
"Ou bien elle rencontrerait un homme, dans la wagon ou au Café de la Gare, un homme qui lui dirait madame vous ne pouvez pas continuer comme ça, donnez-moi la main, prenez mon bras, rebroussez chemin, posez votre sac, ne restez pas debout, installez-vous à cette table, c'est fini, vous n'irez plus, ce n'est plus possible, vous allez vous battre, nous allons nous battre, je serai à vos côtés. Un homme ou une femme, après tout, peu importe. Quelqu'un qui comprendrait qu'elle ne peut plus y aller, que chaque jour qui passe elle entame sa substance, elle entame l'essentiel.
"Combien de fois a-t-elle souhaité tomber malade, gravement, combien de symptômes, de syndromes, de défaillances a-t-elle imaginés, pour avoir le droit de rester chez elle, le droit de dire je ne peux plus ? Combien de fois a-t-elle songé partir avec ses fils, sans rien dire devant, sans laisser d'adresse, partir sur les routes avec pour seul bagage le montant de son livret A ? Sortir de sa trajectoire, recommencer une nouvelle vie, ailleurs.
Combien de fois a-t-elle pensé qu'on pouvait mourir de quelque chose qui ressemble à ce qu'elle vit, mourir de devoir survivre dix heures par jour en milieu hostile ?
"Ils ignorent ce qu'est l'entreprise, son air confiné, ses mesquineries, ses conversations à voix basse, ils ignorent le bruit du distributeur de boissons, celui de l'ascenseur, la couleur grise de la moquette, les amabilités de surface et les rancœurs muettes, les incidents de frontière et les guerres de territoire, les secrets d'alcôve et les notes de service, même pour Simon le travail demeure quelque chose d'abstrait. Et quand elle tente de traduire les choses dans un langage qu'ils peuvent appréhender — mon chef, la dame qui gère le personnel, le monsieur qui s'occupe des publicités, le grand grand chef — il lui semble qu'elle leur raconte une histoire de Schtroumpfs barbares s'entretuant en silence dans un village retiré du monde."
"Elle n'en parle pas. Même à ses amis.
Au début, elle a essayé de décrire les regards, les retards, les prétextes. Elle a essayé de raconter les non-dits, les soupçons, les insinuations. Les stratégies d'évitement. Cette accumulation de petites vexations, d'accumulation souterraines, de faits minuscules. Elle a essayé de raconter l'engrenage, comment cela était arrivé. À chaque fois, l'anecdote lui a semblé ridicule, dérisoire. A chaque fois, elle s'est interrompue.
Elle a conclu d'un geste vague, comme si tout cela ne hantait pas ses nuits, ne la rongeait pas par petits bouts, comme si tout cela au fond n'avait aucune importance."
"Elle a cru qu'elle pouvait résister.
Elle a cru qu'elle pouvait faire face.
Elle s'est habituée, peu à peu, sans s'en rendre compte. Elle a fini par oublier la situation antérieure, et le contenu même de son poste, elle a fini par oublier qu'elle travaillait dix heures par jour sans lever la tête.
Elle ne savait pas que les choses pouvaient basculer ainsi, sans retour possible.
Elle ne savait pas qu'une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d'y remédier."
"Mais quand elle y réfléchit, le soir, allongée dans son lit ou plongée dans l'eau bouillante d'un bain, elle sait très bien pourquoi elle se tait.
Elle se tait parce qu'elle a honte."
"Mathilde jette un oeil à l'heure, elle est dans les temps. Elle entre dans la cuisine, s'arrête un instant pour réfléchir aux gestes qu'elle doit faire, l'ordre dans lequel ils doivent s'accomplir. Elle n'allume pas le vieux transistor. Elle se concentre. Théo et Maxime surgissent derrière elle, lui sautent au cou pour l'embrasser. Leur corps à gardé la chaleur de la nuit, elle caresse leur visage froissé par le sommeil, respire leur odeur. Dans les plis de leur cou, un court instant, l'agencement de sa propre vie lui paraît simple. Sa place est là auprès d'eux. Le reste n'a pas d'importance."
"En moyenne un conducteur de métro est confronté au moins une fois dans sa vie à une tentative de suicide. Est-ce que dans les grandes villes les gens se suicident davantage qu'ailleurs? Elle s'est souvent posé la question, sans prendre la peine de chercher une réponse.
Depuis quelques mois, quand Mathilde rentre de son travail, il lui arrive d'observer les voies, d'y accrocher son regard, de fixer les cailloux qui tapissent le sol, la profondeur du trou. Parfois elle sent son corps qui bascule en avant, de manière imperceptible, son corps épuisé qui cherche le repos.
Alors elle pense à Théo, Maxime et Simon, l'image s'impose par-dessus les autres, toutes les autres, mouvante et lumineuse, et Mathilde recule, s'éloigne du bord."
"Le métro ralentit, s'arrête, il est là. Il dégorge, régurgite, libère le flot, quelqu'un crie "laissez descendre", on se bouscule, on piétine, c'est la guerre, c'est chacun pour soi. Soudain, c'est une question de vie ou de mort, monter dans celui-là, ne pas devoir attendre un improbable suivant, ne pas risquer d'arriver plus tard encore à son travail. "Laissez descendre, merde!" La foule s'écarte à contrecœur, il ne faut pas perdre de vue l'entrée, se tenir à proximité, ne pas se laisser entraîner par le nombre, il faut se positionner sur les côtés, rester près de la porte."
"Les gens gentils sont les plus dangereux. Ils menacent l'édifice, entament la forteresse, un mot de plus et Mathilde pourrait se mettre à pleurer."
"À des centaines de mètres de hauteur, elle tangue, se rattrape, avance l'autre pied. Le moindre souffle, le plus petit éblouissement, peut la faire basculer. Elle est parvenue à ce point de fragilité, de déséquilibre, où les choses ont perdu leur sens, leurs proportions. A ce point de perméabilité où le plus infime détail peut la submerger de joie ou l'anéantir."
"Il n'y a jamais eu de photos de ses enfants posées sur son bureau. Ni vase, ni plante verte, ni souvenir de vacances. A l'exception de son poster de Bonnard, elle n'a rien apporté de chez elle, n'a pas cherché à personnaliser son espace, à marquer son territoire.
Il lui a toujours semblé que l'entreprise était un lieu neutre, dénué d'affects, où ces choses-là n'avaient pas leur place."
"Elle pourrait appeler le Directeur Général sans passer par sa secrétaire, lui dire qu’elle n’en a plus rien à foutre de la pro-activité, de l'optimisation des savoirs-être, des stratégies win-win, du transfert de compétence, et de tous ces concepts fumeux dont il les abreuvent depuis des années, qu’il ferait mieux de sortir de son bureau, de venir voir ce qui se passe, renifler l’odeur nauséabonde qui a envahi les couloirs."
"Aujourd'hui, il faut faire semblant.
Avoir l'air occupé dans un bureau vide.
Avoir l'air occupé sans ordinateur, sans connexion à internet.
Avoir l'air occupé quand tout le monde sait qu'elle ne fait rien.
Quand plus personne n'attend son travail, quand sa seule présence suffit à dévier le regard."
"Laetitia a une vision simple de l’entreprise.
Assez proche de celle qui gouverne le monde d'Azeroth : les bons se battent pour faire valoir leurs droits. Les bons ne sont pas dénués d’ambition, mais refusent le saccage et la mesquinerie pour parvenir à leurs fins. Les bons ont une éthique. Ne piétinent pas leurs voisins. Les méchants ont investi leur vie dans le marécage de l’entreprise, ils n’ont d’autre identité que celle inscrite sur leur fiche de paie, ils sont prêts à tout pour gravir un échelon ou un coefficient de classification. Il y a longtemps qu’ils ont renoncé à leurs principes si d’aventure ils en ont eu."
"Maintenant, elle se demande si, au fond, Laetitia n'a pas raison. Si l'entreprise n'est pas le lieu privilégié d'une mise à l'épreuve de la morale. Si l'entreprise n'est pas, par définition, un espace de destruction. Si l'entreprise, dans ses rituels, sa hiérarchie, ses modes de fonctionnement, n'est pas tout simplement le lieu souverain de la violence et de l'impunité."
"Elle rêve parfois d'un homme à qui elle demanderait : est-ce que tu peux m'aimer?
Avec toute sa vie fatiguée derrière elle, sa force et sa fragilité. Un homme qui connaîtrait le vertige, la peur et la joie. Qui n'aurait pas peur des larmes derrière son sourire, ni de son rire dans les larmes. Un homme qui saurait.
Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s'effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants. Il y a longtemps qu'elle le sait."
"Il lui semblait alors qu'elle pourrait passer là le reste de sa vie. Prise en charge. A l'abri du monde. N'avoir rien d'autre à faire qu'écouter battre sa douleur. Et puis un jour elle a eu peur. De redevenir une enfant. De ne plus pouvoir partir.
Alors peu à peu, elle a réappris. Tout. Manger, dormir, s'occuper des garçons. Elle est revenue d'une torpeur sans fond, de l'épaisseur du temps."
"À trente ans, elle a survécu à la mort de son mari.
Aujourd’hui elle en a quarante et un connard en costume trois pièces est en train de la détruire à petit feu."
"L'entreprise avait été le lieu de sa renaissance.
L'entreprise l'avait obligée à s'habiller, se coiffer, se maquiller. A sortir de sa torpeur. A reprendre le cours de sa vie.
Pendant huit ans elle y était venue avec une forme d'enthousiasme, de conviction. Elle y était venue avec le sentiment d'être utile, d'apporter sa contribution, de prendre part à quelque chose, d'être partie intégrante d'un tout. L'entreprise, peut-être l'avait sauvée.
Elle avait aimé les conversations du matin autour du distributeur de boissons, les touillettes agitées dans le café pour dissoudre le sucre, les formulaires de demande de fournitures, les feuilles de temps passé, les bordereaux d'affectation, elle avait aimé les criterium jetables, les Stabylo de toutes les couleurs, les rouleaux correcteurs, les blocs à petits carreaux et leur épaisse couverture orange, les dossiers suspendus, elle avait aimé les odeurs émétiques de la cantine, les entretiens annuels, les réunions inter-départements, les tableaux croisés dynamiques sous Excel, les graphiques 3D sous Powerpoint, les collectes pour les naissances et les pots de départ en retraite, elle avait aimé les mots prononcés aux mêmes heures, chaque jour, les questions récurrentes, les formules vidées de leur sens, le jargon propre à son service, elle avait aimé le rituel, la répétition. Elle avait besoin de ça."
"Aujourd'hui il lui semble que l'entreprise est un lieu qui broie.
Un lieu totalitaire, un lieu de prédation, un lieu de mystification et d'abus de pouvoir, un lieu de trahison et de médiocrité.
Aujourd'hui il lui semble que l'entreprise est le symptôme pathétique du psittacisme le plus vain."
"L'entreprise a fait d'elle cet être mesquin et injuste. L'entreprise a fait d'elle cet être de rancœur et d'amertume, avide de représailles."
"Mais il arrive un moment où le prix est devenu trop élevé. Dépasse les ressources. Où il faut sortir du jeu, accepter d'avoir perdu. Il arrive un moment où l'on ne peut pas se baisser plus bas."
"Dans le silence de Patricia Lethu, Mathilde a pensé que la compassion n’avait lieu qu’au moment où l’on se reconnaissait dans l’autre, au moment où l’on prenait conscience que tout ce qui concernait l’autre pouvait nous arriver, exactement, avec la même violence, la même brutalité.
Dans cette conscience de ne pas être à l’abri, de pouvoir descendre aussi bas – et seulement là – la compassion pouvait survenir. La compassion n’était rien d’autre qu’une peur pour soi-même."
"Au bout de quelques minutes Mathilde a demandé :
— Est-ce qu'on est responsable de ce qui nous arrive ? Est-ce que ce qui nous arrive nous ressemble toujours ?
— Que voulez-vous dire ?
— Croyez-vous qu'on est victime de quelque chose comme ça parce qu'on est faible, parce qu'on le veut bien, parce que, même si cela paraît incompréhensible, on l'a choisi ?
Croyez-vous que certaines personnes, sans le savoir se désigne elle-même comme des cibles ?
Patricia Lethu a réfléchi un moment avant de répondre.
— Je ne crois pas, non. Je crois que c'est votre capacité à résister qui vous désigne comme cible. Cela fait 30 ans que je travaille en entreprise, Mathilde, et ce n'est pas la première fois que je suis confrontée à ce genre de situation. Vous n'êtes pas responsable de ce qui vous arrive."
"Depuis dix ans, elle a vécu des histoires, en marge de sa vie, juste au bord, à l'insu de ses enfants. Et les histoires, au fond, elle s'en fout. À chaque fois qu'il a été question de réunir les meubles et le temps, de suivre la même trajectoire, elle est partie. Elle ne peut plus. Peut-être que cette chose-là n'a eu lieu que dans l'inconscience de ses vingt ans, vivre ensemble, au même endroit, respirer le même air, chaque jour partager le même lit, la même salle de bain, peut-être que ça n'arrive qu'une fois, oui, et qu'ensuite plus rien de cet ordre n'est possible, ne peut être recommencé."
"Sous terre, on trouve deux catégories de voyageurs. Les premiers suivent leur ligne comme si elle était tendue au dessus du vide, leur trajectoire obéit à des règles précises auxquelles ils ne dérogent jamais. En vertu d'une savante économie de temps et de moyens, leurs déplacements sont définis au mètre près. On les reconnaît à la vitesse de leur pas, leur façon d'aborder les tournants, et leur regard que rien ne peut accrocher. Les autres traînent, s'arrêtent net, se laissent porter, prennent la tangente sans préavis. L'incohérence de leur trajectoire menace l'ensemble. Ils interrompent le flot, déséquilibrent la masse. Ce sont des touristes, des handicapés, des faibles. S'ils ne se mettent pas d'eux-mêmes sur le côté le troupeau se charge de les exclure."
"Il y a ceux qui s'écartent pour éviter la collision des corps et ceux qui considèrent, en vertu d'une obscure priorité, que les autres doivent s'écarter."
Thibault
"Il avait oublié à quel point il état vulnérable.
Est-ce que c’était ça, être amoureux, ce sentiment de fragilité ? Cette peur de tout perdre, à chaque instant, pour un faux pas, une mauvaise réplique, un mot malencontreux ? Est-ce que c’était ça, cette incertitude de soi, à quarante ans comme à vingt ? et dans ce cas qu'existait-il de plus pitoyable, de plus vain ?"
"Pourtant la plaie d'amour contient en elle tous les silences ,les abandons, les regrets et ,tout cela ,au fil des années ,s'additionne pour former une douleur générique. Et confuse.
Pourtant la plaie d'amour ne promets rien :ni après, ni ailleurs."
"Sa vie est diffractée. De loin, elle semble posséder une unité, une direction, on peut la raconter, décrire ses journées, le découpage des heures et des semaines, suivre ses déplacements. On connaît son adresse, les habitudes qu’il combat, les jours où il va au supermarché, les soirs où il ne peut rien faire d’autre qu’écouter de la musique. Mais de près sa vie se brouille, se divise en fragments, il manque des pièces.
De près, il n’est plus qu’un Playmobil encastré dans sa voiture, les mains accrochées au volant, un petit être en plastique qui a perdu son rêve."
"Il a plongé ses mains dans le ventre de la cité, au plus profond. Il connaît les battements de son cœur, ses douleurs anciennes que l'humidité réveille, ses états d'âme et ses pathologies. Il connaît la couleur de ses hématomes et le vertige de sa vitesse, ses sécrétions putrides et ses fausses pudeurs, ses soirs de liesse et ses lendemains de fête.
Il connaît ses princes et ses mendiants.
Il vit au-dessus d'une place, il ne ferme jamais les rideaux. Il voulait la lumière, le bruit. Ce mouvement circulaire qui ne s'arrête jamais.
Il a longtemps cru que la ville et lui battaient au même rythme, ne faisaient qu'un.
"Mais aujourd'hui, après dix ans passés au volant de sa Clio blanche, dix ans d'embouteillages, de feux rouges, de souterrains, de sens uniques, de stationnement en double file, il lui semble parfois que la ville lui échappe, qu'elle est devenue hostile. Il lui semble qu'à force de promiscuité, et parce qu'il connaît mieux que quiconque son haleine empesée, la ville attend son heure pour le vomir ou le recracher, comme un corps étranger."
"L'échec amoureux n'est ni plus ni moins qu'un calcul coincé dans les reins. De la taille d'un grain de sable, d'un petit pois, d'une bille ou d'une balle de golf, une cristallisation susceptible de provoquer une douleur forte, voire insoutenable. Qui finit toujours par s'éteindre."
"Il regarde la ville, cette superposition de mouvements. Ce territoire infini d'intersections, où l'on ne se rencontre pas."
"Il a envie d'être seul. Il a chaud et en même temps il a froid. Il n'est pas sûr d'avoir la migraine mais peut-être que oui. Il perçoit son corps d'une manière étrange. Son corps est un terrain vague, un territoire abandonné, relié pourtant au désordre alentour. Son corps est sous tension, prêt à imploser. La ville l'étouffe, l'oppresse. Il est fatigué de ses hasards, de son impudeur, de ses fausses accointances. Il est fatigué de ses humeurs feintes et de ses illusoires mixités. La ville est un mensonge assourdissant."
"Il est médecin de ville et sa vie se résume à ça. Il n'a rien acheté de pérenne, pas d'appartement, pas de maison de campagne, il n'a pas eu d'enfant, il ne s'est pas marié, il ne sait pas pourquoi. Peut-être simplement parce qu'il n'a plus d'annulaire gauche. il n'y a pas d'alliance possible. Il a quitté sa famille et en revient qu'une fois par an.
Il ne sait pas pourquoi il est si loin, d'une manière générale, loin de tout excepté de son travail qui l'accapare tout entier. Il ne sait pas comment le temps est passé si vite. Il ne peut rien en dire, rien de particulier. Il est médecin depuis bientôt 15 ans et il ne sait rien passé d'autre. Rien de fondamental."
"Sa vie n'a rien à voir avec celle des personnages de ce feuilleton français qui avait eu tant de succès dans les années 80. Ces médecins alertes et courageux qui fendaient la nuit, se garaient sur les trottoirs et montaient les escaliers quatre à quatre. Il n'a rien d'un héros. Il a les mains dans la merde et la merde lui colle aux mains. Sa vie se dispense de sirènes et de gyrophares. Sa vie se partage entre 60% de rhinopharyngites et 40% de solitude. Sa vie n'est rien d'autre que ça : une vue imprenable sur l'ampleur du désastre."
"Des cadres débordés qui font venir les Urgences Médicales sur leur lieu de travail pour ne pas perdre une minute, il en voit toutes les semaines. Cela fait partie des évolutions de son métier, au même titre que l'augmentation incessante des pathologies liées au stress : lombalgies, cervicalgies, problèmes gastriques, intestinaux et autres désordres musculosquelettiques. Il les connaît par cœur, les sur-adaptés, les performants, les compétitifs. Ceux qui ne s’arrêtent jamais. Il connaît aussi l’autre versant, le revers de la médaille, ce moment où ça lâche, où ils posent un genou à terre, ce moment où quelque chose s’insinue qu’ils n’avaient pas prévu, où quelque chose s’emballe qu’ils ne contrôlent plus, ce moment où ils passent de l’autre côté. Il en voit toutes les semaines aussi, des hommes et des femmes épuisés, dépendants des somnifères, grillés comme des ampoules, vidés comme des batteries. Des hommes et des femmes qui l’appellent un lundi matin, parce qu’ils ne peuvent plus.
Il sait combien la frontière entre les deux états est ténue, fragile, et qu’on bascule plus vite qu’ils ne le croient."
"Il a vu des centaines de patients atteints de maladies graves. Il sait combien la vie bascule, à quelle vitesse, il connaît les overdoses, les crises cardiaques, les cancers foudroyants et les chiffres constants du suicide. Il sait qu'on meurt à 30 ans."
"On ne peut pas obliger les autres à vous aimer."
Mon humble avis :
300 pages qui parlent forcément à nos coeurs s'il reste encore un peu d'humain en nous...
Dans les descriptions de la vie à Paris pour les travailleurs qui prennent le métro et le RER, on retrouve toute la solitude malgré la foule autour de soi, cette promiscuité obligatoire aux heures de pointe avec ses odeurs et ses peurs, ses bousculades parmi l' indifférence, ce stress angoissant du moindre retard, cette tristesse et cette lassitude qui habillent les visages...
Dans le monde de l'entreprise, on assiste à un lynchage non mérité par harcèlement moral, cette violence sournoise, sadique, injuste et l'incroyable solitude qui en résulte. Avec cette volonté de prouver, de tenir, de continuer jusqu'à l'épuisement total, jusqu'à la destruction de son être profond...
Ce monde sans pitié et sans amitié, dans une indifférence hypocrite et impitoyable car chacun pour soi...
Une mise au placard terrible qui enlève toute confiance en soi, en ce que l'on est, en ce que l'on a fait, et qui détruit inexorablement jour après jour, laisse des blessures à vie et une fatigue qui transforme la personne en quelqu'un d'autre qu'on ne reconnaît plus....Aller jusqu'à la maladie, démissionner pour se retrouver...
Personne n'échappe à la solitude oppressante de la grande ville, même pas ce médecin qui ne trouve pas vraiment l'amour, celui qui fait que l'on se sent aimé...
Alors il se dévoue corps et âme à son métier, sillonnant les rues de Paris, leurs bouchons, leurs klaxons et côtoyant aussi bien le cadre en burn-out que des personnes âgées, repliées dans l' isolement de leur appartement sale et désordonné, dans une solitude désespérante, une misère affective omniprésente .
Pour moi ce n'est pas un roman mais presque un reportage sur le devenir de l'être humain, broyé dans une machine infernale de l'invisibilité, de l'incommunicabilité, de la solitude, de l'égoïsme, de l'indifférence...
La solitude au milieu de la foule, l'être terré dans son désespoir...la vie qui s'écoule, les heures souterraines...
Un livre sur la vie réelle qui a fait écho à ma propre histoire à certains moments de ma vie...
Superbe livre lu en décembre 2009 et relu aujourd'hui...parce que c'est vraiment un livre à lire.
Brigitisis