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Date de création : 13.06.2011
Dernière mise à jour : 12.01.2026
11957 articles


LES MAINS NUES SIMONETTA GREGGIO

LES MAINS NUES  SIMONETTA GREGGIO

 

L'Auteure : OIP (1)

Simonetta Greggio (née le 21 avril 1961 à Rubano (province de Padoue) en Italie) est une romancière et traductrice italienne.
Simonetta Greggio a fait ses études à la Faculté des lettres de Padoue.
Arrivée à Paris en 1981, elle est journaliste pendant plusieurs années, collaborant à des revues et magazines divers dont City, Télérama, La Repubblica.

Elle partage sa vie entre Paris, Venise et la Provence.


Carrière

Simonetta Greggio commence sa carrière de journaliste comme auteur d’une douzaine d’ouvrages d’art de vivre consacrés aux jardins et à la cuisine.
Elle est notamment l'auteur des premiers Guide des auberges et hôtels de charme en Italie.

Son premier roman, La Douceur des hommes, paru chez Stock en 2005, est consacré par le magazine Lire parmi les vingt meilleurs romans de l’année.

Sa longue nouvelle Étoiles parue chez Flammarion en 2006 et traduite en six langues, dont le russe et le coréen, est en cours d'adaptation pour le cinéma.

Col de l’Ange, un roman noir et blanc, paraît chez Stock en avril 2007.

Les Mains nues, histoire douce-amère d'une vétérinaire et d'un très jeune homme, reprend la veine des débuts de la romancière. On y retrouve certains thèmes de La Douceur des hommes.

Avec Dolce Vita 1959-1979, en 2010, elle est projetée sur les devants de la scène littéraire : le livre est finaliste du prix Renaudot.

Simonetta Greggio continue avec L'homme qui aimait ma femme, puis vient, en 2014, le deuxième volet de Dolce Vita, Les nouveaux monstres, roman qui se présente comme le portrait de l'Italie des trente-cinq dernières années, dans lequel elle explore les méandres du pouvoir et dénonce la collusion entre différents hommes politiques italiens, dont Silvio Berlusconi et la Mafia.
Le livre est finaliste du prix Interallié.

Suit Femmes de rêve, bananes et framboises, chez Flammarion, un recueil de nouvelles dans lequel « Os de Lune », un roman court, fait figure d'œuvre principale.

Black Messie, paru en 2016 chez Stock, est une exploration dans le domaine du noir.
Basé sur un fait divers des années 1970-1980, l’affaire dite du « Monstre de Florence », structuré comme un thriller, le roman est une métaphore des dérives dans un État de droit.

Elle a coécrit avec Joël Farges un scénario de film pour le cinéma sur les débuts du conflit en Syrie, actuellement en cours de production.

Elle est productrice à France Culture : Grandes Traversées Virginia Woolf, 2019, Brigitte Bardot, 2020, Benito Mussolini 2021.

Elle a collaboré au scénario du film Titane, de Julia Ducournau, Palme d'Or Cannes 2021.


L'histoire

Emma est vétérinaire de campagne.
À quarante-trois ans, au beau milieu d’une vie rude, autarcique et solitaire, elle voit débarquer le jeune Giovanni, adolescent fugueur de quatorze ans, dont elle a autrefois connu les parents, Micol et Raphaël.
Ce qui s’est joué entre elle et les parents de Giovanni, elle a voulu l’oublier, l’enfouir au plus profond.
Elle souhaiterait que Giovanni parte, mais il reste.
Et s’installe peu à peu entre eux une histoire tendre, fiévreuse et maladroite.

Lorsque Micol revient chercher son fils, elle croit comprendre l’irréparable, la liaison entre Emma et Gio.
Il y aura procès.
Il y aura vengeance.
Mais de quoi, et de qui, se venge-ton ?
D’un amour qui reste tabou ?
Ou d’un passé dont les blessures ne se sont pas refermées ?

 

vintage_janvier_2033

 

Sur un sujet délicat, Simonetta Greggio livre un roman subtil autant qu’âpre et inattendu, porté de bout en bout par la voix d’Emma.
Portait d’une femme aux mains nues et rugueuses
dont la vie se trouve soudainement bousculée.

https://www.editions-stock.fr/

 

Extraits :

     "Cette nuit, comme tant d'autres, je ne dors pas.
Je reviens en arrière et je repense à nous, à ce que nous aurions dû être, à ce que nous avons été. J'essaie de comprendre ce qui nous a poussés à agir comme nous l'avons fait. À quel moment la vie nous a donné le choix, et pourquoi nous l'avons dédaigné. Mais changer de direction aurait été renoncer à soi-même. Ce que nous n'avons pas fait."
      

     " Le jour où tout a commencé – recommencé, devrais-je dire –, je n'avais aucune idée que, né du cœur même de mon histoire, nid de vipères dans ma réserve de bois pour l'hiver, avant le soir quelqu'un allait frôler ma joue du bout du doigt et, aussi inévitable que l'explosion d'une bombe à retardement, ce simple geste allait se répercuter non seulement sur mon avenir mais aussi sur la vision que j'avais de mon passé."

 

     "Certains événements vieux de dizaines d'années sont aussi frais que s'ils avaient quelques heures.
Certaines minutes s'impriment à jamais dans la mémoire."

     "Les heures s'écoulent dans un étrange espace-temps lorsqu'on plonge dans le passé. Je me vois à travers les années, une série de poupées russes, la plus petite, toute neuve, loin dans le temps, la dernière encore debout dans son vernis écaillé."

"Mais, tu vois, moi je crois que c'est beaucoup plus simple que tous ces raisonnements avec lesquels on essaie de m'embrouiller : il faut donner aux gens ce dont ils manquent, toit, nourriture, instruction, et rendre aux animaux ce qu'on leur a volé, la liberté. Il faut être plus bête que je ne le suis pour ne pas voir que l'argent se fait en spéculant, avec des armes et des canettes de soda, entre autres. On invente des guerres pour ça. je n'ai pas de solutions, mais je n'ai aucun respect pour ceux qui nous gouvernent et qui devraient en proposer. ces gens mentent comme ils respirent, et tout le monde fait semblant d'y croire. J'en ai marre d'être en rogne tout le temps."

"Impossible de dormir. Peut-être qu'à partir d'un certain âge, les heures pèsent double. Peut-être qu'on se met à décompter les nuits."

     "Son arrivée avait marqué la fin d'une longue période calme, des années pendant lesquelles j'avais cherché la justice plutôt que l'argent, la liberté plutôt que l'amour, la beauté de la nature plutôt que n'importe quel pouvoir, et quelques vérités qui durent en échange de ce qu'on appelle LA vérité, cet absolu pour lequel on tue et on meurt. Ma vie me ressemblait. J'étais en adéquation avec moi-même. Je croyais que ça allait continuer. Je ne savais pas ce que je sais maintenant. L'aurais-je su, d'ailleurs, est-ce que cela aurait modifié d'une manière ou d'une autre le cours des événements ? "

  " Oui, c'était encore un enfant mais c'était déjà un homme, un vieux monsieur aussi, comme le sont certains êtres d'un bout à l'autre de leur vie. Entiers."

"J'ai choisi ce métier par rébellion. Je ne supporte pas la souffrance, surtout chez ceux qui ne peuvent pas se défendre. Lorsque j'ai fait ce choix j'étais à l'âge où l'on ne sait rien de soi ni du monde, mais où les instincts, les prémonitions même, peuvent être d'une extraordinaire clarté."   

"Il m'a appris à me méfier de ce qu'on croit acquis, à remettre en jeu chaque fois mes certitudes. À ne pas me laisser aller à l'affectation du "c'était mieux avant", à prendre acte que la modernité a apporté plus d'hygiène et que la course – ô combien rentable ! – des laboratoires pharmaceutiques a conduit à plus d'égalité. J'ai compris à travers lui que tout change, que tout évolue. Il suffit d'attendre.
      La base de notre travail tenait selon lui en quatre points : Savoir, Faire, Savoir faire et Faire savoir. "

 

vetorural

 

"Il savait écouter les animaux ;il savait, entre les plaintes, reconnaître celle qui le porterait droit au diagnostic. Il avait du respect pour la moindre peine, de la compassion pour le silence éperdu des bêtes, de la douceur dans les mains et les yeux, et cette faculté de donner une fin rapide, sans hésiter ni trembler, qui devrait être celle de l'Ange de la Mort, si Dieu existait et avait un peu pitié de nous."

"Entendre est devenu inhabituel dans ce monde de clameur. C'est la première chose que d'Aurevilly m'a apprise. Isoler une voix, comprendre ce qu'elle exprime."

" Je savourais mon nouveau statut, aussi important que celui d'un généraliste dans ces montagnes où les animaux ont autant de valeur que les êtres humains, parfois même plus. J'apprenais."

     " — Tu sais, Emma, quand j'ai commencé il y avait en tout et pour tout quarante femmes vétos dans le pays. Le métier était moitié – moitié à l'époque, ou plutôt non, trois quarts rural, un quart animaux de compagnie. Chats et chiens, dans l'après–guerre, n'étaient pas à la fête. Il n' y en avait que pour les animaux utiles, vaches et chevaux, poules et brebis."

" Pourquoi certaines choses restent avec nous au fil des pertes et d'autres pas . Ce à quoi l'on tient le plus n'est pas ce que l'on garde le plus longtemps."

     "Cette maison était ma tanière, où les livres avaient recommencé de s'amonceler."

        "Mais rien n'arrivait. J'étais guérie depuis de nombreuses années, mes plaies avaient cicatrisé. Je me sentais invulnérable, éternelle. Seulement, on ne peut pas indéfiniment tromper la mémoire, ni se soustraire au destin."

"Pourtant, si j'avais été moins sourde, moins aveugle, je me serais aperçue que la réalité était bien différente de cette espèce de neutralité que j'invoquais, et que nous étions toujours enchaînés par des liens dicibles et indicibles, comme ces grosses cordes tordues composées de cordelettes plus petites qui, restées trop longtemps sous l'eau, pourrissent plutôt que se défaire."

     "Si un jour je devais gagner de l'argent, beaucoup d'argent, à la loterie, je ne changerais rien à ma vie. Je n'irais pas vivre dans une autre maison, je n'achèterais même pas une nouvelle voiture. Mais il n'y a pas de danger que je gagne, puisque je ne joue jamais. 
     Je ne voudrais pas non plus effacer mes rides, retrouver le visage de mes vingt ans. Etre jeune à nouveau ? Pour quoi faire ? Me tordre les chevilles sur des talons hauts, traversant Paris des larmes plein les yeux ? Non, je n'irais pas effacer ces cicatrices-là, faire semblant que tout ça n'a pas existé. Ce temps est à moi, mes rides sont à moi. Je ne les aime pas pour autant : je ne permettrai à personne de dire que cinquante ans, c'est le plus âge de la vie. D'ailleurs je n'ai pas encore cinquante ans. Juste quarante-sept. Encore trois ans à être trop jeune pour être vieille, un peut trop vieille pourtant pour être encore jeune."

  "Si je pouvais revoir cette photo, regarder mon visage d'alors, je pourrais peut-être me réconcilier avec cette fille-là. Je pourrais me pardonner, maintenant, de ne pas avoir su la consoler, raccommoder son cœur comme on recoud une poupée décousue, lui dire ce que j'ai appris depuis. Que la force des parents, infinie quand on est petit, décline au moment où on en a le plus besoin. Que l'enfance se termine en un jour. Et aussi que quand on tient quelqu'un on n'ouvre pas la main. "

"Je pouvais passer des heures assise devant la fenêtre du salon à regarder dans le vide. Une branche qui jetait son ombre sur la façade, un bout de lierre décroché qui se balançait, suffisaient à me maintenir dans un état suspendu – un calme si intense que j’étais, un temps, débarrassée de moi-même et de tout souci. J’ai toujours eu, depuis, cette capacité à m’abstraire de ce qui m’entoure à la faveur d’un minuscule bonheur. C’est peut-être pour ça que je n’ai jamais été atteinte par le désespoir, par la suite. Je pouvais replonger à souhait dans cette paix un peu autistique et entendre à nouveau les Variations Goldberg que maman jouait si souvent."

 

     "Je ne sais pas si cette photo je l’ai toujours quelque part ou si elle a été perdue dans mes déménagements successifs, si elle est restée au fond d’un carton ou entre les pages d’un livre, ni si elle réapparaîtra un jour, mais c’est là, maintenant, que je voudrais la revoir et revenir un instant dans la peau de cette fille, dans cet habit lisse, étroitement ajusté, qui l’enveloppait, et ressentir à nouveau ce courage aveugle, cette virginité du mal. L’intrépidité, l’effronterie et la confiance mêlées.
     Il faudrait que j’explique à cette fille que quand on tient un amour on le garde, on le défend contre lui-même et contre les autres. Que les hommes sont lâches, fragiles et idiots. Qu’ils s’en vont avec la plus forte, et que leur faiblesse et leur orgueil les empêchent de revenir, même quand ils se sont trompés.
     Ce sont ses yeux, surtout, que j’aurais envie de revoir. Cette intensité. Leur chaleur brûlante comme celle d’une allumette en train de se consumer à l’intérieur d’un verre noir."

     "Euthanasier n'est pas un geste anodin. Malgré la pratique, on ne s'y habitue jamais. C'est un constat d'impuissance, de la rage inutile, une compassion qu'on se nie d'éprouver. La mort, ça reste dans les doigts, ça ne s'en va plus. Mais il faut que quelqu'un le fasse. Alors, on le fait."

     "À quel moment on commence à mourir ?
Ma mère vivait de musique et par la musique. Un jour elle a posé ses doigts sur le clavier, sans jouer, des larmes silencieuses tombant sur les touches, perdue. Puis elle a levé la tête et m'a dévisagée. Son regard était transparent, limpide comme il ne l'avait pas été depuis longtemps...Elle m'a priée de venir près d'elle.
Je me suis accroupie pour avoir le visage proche du sien. Elle a pris mes mains dans les siennes et m'a demandé de l'écouter sans l'interrompre , jusqu'au bout.

     Souvent, à l'adolescence, nous nous faisons une promesse ; mourir au premier signe de déclin nous semble si simple, si absolument justifié que la traversée de la première jeunesse se fait à toute allure, sans peur et sans émoi. 
     Mais ce signe fatal ne cesse de reculer. Le premier cheveu blanc, on l'arrache. La première douleur à l'épaule, qui s'installe pour des mois entiers, on l'attribue encore à une vieille blessure. Qui sait où la vie va se nicher quand on dit qu'on n'en peut plus ? Qui, et à quel moment, a le droit de décider ?
     Aujourd'hui, on peut acheter en Hollande et en Belgique des boîtes, comme des bonbonnières, qui referment le nécessaire pour en finir en beauté. Ça ne coûte pas cher, et un médecin de confiance peut facilement s'en procurer. Épicure disait de ne pas craindre la mort, "quand elle est là, tu n'y es pas, et quand tu es là, c'est elle qui n'y est pas". Dire adieu à la vie sans avoir honte de soi me semble aujourd'hui la plus responsable des volontés."

     "Ceux qui nous ont fait du mal conservent sur nous un pouvoir démesuré. Est-ce que c'est parce qu'on a souffert à cause d'eux qu'on les aime plus qu'on ne le voudrait ? Ou profitent-ils, justement, de ce qu'on les aime trop pour nous blesser ?"

     "Je déteste les hommes qui pleurent. Ce n'est pas qu'ils en sortent diminués à mes yeux, c'est juste qu'ils pleurent généralement pour de mauvaises raisons.  Sue eux-mêmes, le plus souvent."

     "Il y a des voix qui sont comme des corps.
Troublantes, affolantes, ou au contraire apaisantes, consolatrices. Celle de  maman, basse et sombre, avec ses r roulés un peu italiens. Celle de papa, émouvante, rude, timide, hésitante par moments, s’arrêtant sur un mot dont il n’était pas sûr.
     Quant à celle de Raphaël, il me suffisait de fermer les yeux pour l’entendre. Certaines inflexions aussi chaudes que des caresses. Certaines paroles dont je ne pouvais me souvenir qu’en frissonnant.
On ne peut pas se coucher les oreilles quand les voix viennent de l’intérieur."

 "Pourtant ça allait contre tous mes principes, l'adoption de ce chat : les animaux perdent au change en nous faisant confiance. C'est égoïste d'accepter qu'une bête abdique son indépendance contre une gamelle de mauvaise nourriture – et ce n'est pas en tant que vétérinaire que je dis cela. 
Je n'ai rien contre les croquettes en particulier, c'est juste qu'à force d'avaler n'importe quoi la terre elle-même  ne veut plus de nous."

"Peut être avais-je toujours été suspecte d'être une femme seule, sans mari, sans même le plus vague fiancé.
Je me devais d'être accompagnée d'un homme, d'avoir des enfants – ou de me plaindre de ne pas en avoir. Je n'avais pas joué le jeu, n'avais respecté aucune règle. Je n'avais même pas fait semblant, et peut-être était-ce ça le plus grave, ce qu'on ne pouvait pas me pardonner."

"C'est étonnant, cette manière qu'a la vieillesse de vous prendre pour vous relâcher parfois. Même on visage avait l'air plus lisse qu'autrefois."

     "À l'intérieur brûlait un feu de bois. Devant la cheminée, dans un profond canapé et sur deux fauteuils en cuir dormaient deux chiens et un gros chat. J'avais partagé avec lui le refus d'avoir des animaux chez soi. Visiblement, il avait fini par céder, lui aussi."

"Elle disait que le temps n'exerce pas sa tyrannie quand l'esprit choisit son rythme et donne sa propre mesure. Elle disait que c'était ça, la liberté."

"Le pire dans la douleur de quelqu'un qu'on aime, c'est de ne pas pouvoir la prendre sur soi.
Le pire, c'est l'impossibilité d'aider .
     Maman partie, papa ne s'est pas éternisé. Il est devenu vieux tout d'un coup. Quand il bougeait, ses articulations faisaient un bruit de branches qui s'entrechoquent. On dit qu'on ne meurt pas d'avoir le cœur brisé. Peut-être est-ce vrai. Mais je crois qu'on meurt de ne plus avoir envie de vivre. On meurt de laisser tomber."

     "Mais qu'allais-je faire alors de cette envie de le prendre par la main et de plonger dans l'obscurité et le silence de la première chambre d'hôtel venue ?
Qu'allais-je faire de toutes ces heures pendant lesquelles certains souvenirs de lui, de notre histoire, m'avaient suffoquée, de la rage noire d'avoir été abandonnée ? De toute ces années solitaires qui en avaient découlé, d'une vie entière à rentrer la tête dans les épaules et laisser le vent tourner ?"

     " Il y a des instants qui décident d'une existence, des chambres dont on ferme la porte le matin et dans lesquelles on ne reviendra plus jamais, des miroirs dans lesquels on laisse un fragment de soi."

        " L'ai-je déjà dit ? Je suis fière de mes mains. Elles sont dures et lisses comme du cuir, les ongles coupés ras, les tendons saillants. Jamais je ne mets de gants, la délivrance, j'ai besoin de la toucher."

"Des mains comme de bons outils, faites pour plonger au cœur de la vie. Je n'ai pas d'anneau aux doigts, pas de liens aux poignets. J'aurai traversé ma vie les paumes ouvertes et laissé couler le temps comme de l'eau, comme du sable, sans rien garder."

 

Mon humble avis :

 170 pages dévorées en une matinée...comme  "Col de l'Ange" hier...
Un livre qui  m'a transporté dans l'univers des vétérinaires de montagne et de campagne...
Tant de sujets traités magnifiquement avec une très belle écriture poétique, fluide, pudique et un réalisme, une profondeur à souligner.
Les pages où nous sommes dans un champ sous la pluie pour soigner un animal, c'est tout à fait une scène de vie que m'a raconté dernièrement le vétérinaire de Gap qui soignent encore les animaux des fermes : "une vie professionnelle passionnante mais tellement difficile qu'il ne trouve personne pour l'aider dans ce domaine!", un métier fatiguant sans horaire, avec les difficiles épreuves et cette impuissance face à la maladie, la mort.
C'est avec talent et poésie que l'auteure nous parle de l'amour de la nature et des animaux !
Des personnages attachants, des réalités difficiles de la vie avec ces sujets si graves : l'enfance, les souvenirs, la difficile disparition des parents, le lien familial, l'amour filial, le regret, l'amitié, l'amour passionné d'une vie, la trahison, la vengeance, le jugement des autres, l'ingratitude des gens, la vieillesse, la mort, l'euthanasie, un amour tabou, le temps qui passe avec la douleur des moments de vie qu'on ne peut maîtriser.
Des phrase extraordinaires comme : "Etre trop jeune pour être vieille, un peu trop vieille pour être encore jeune" et tant d'autres dont j'ai recopié les extraits tant ils parlaient à mon cœur.
Quelle pudeur et quelle beauté dans l'écriture : des réflexions sur la vie dans lesquelles on se retrouve.
Magnifique moment de lecture ! Superbe !

Brigitisis_lecture



Commentaires (2)

chezmitsy le 03/03/2023
Bonjour Brigitte
je te souhaite un bon week-end
et une bonne fête des grands-mères
si tu es mamie,
bisous
http://chezmitsy.centerblog.net


saperlipopette87 le 03/03/2023
passe un bon wed espérons qu'il va pas faire trop froid , gros bisous Lysiane saperlipopette87centerblog.net
http://saperlipopette87.centerblog.net


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