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a marco
donnez moi votre adresse mail.
je vous renseignerai volontiers.
b ien cordialement http://brigiti s
Par brigitisis, le 25.02.2026
je suis en admiration devant
toutes ces photos,,,, parlantes
c est trop beau j en choisi une ,,
merci
Par douceuretdetente, le 23.02.2026
coucou
mon blog reprend demain
j espere que tout va bien pour toi la petite famille et venus
chez moi
Par lescockersdemaryse, le 23.02.2026
un coin de rêve pour aller se balader !!!!! c'est vraiment superbe .....
je ne peux plus aller faire de balad
Par mamietitine, le 23.02.2026
waouhhhhhhhhhh hhhhh , trop bien !!!!! un bon moment photographique .....un bonheur de les voir comme cela ..
Par mamietitine, le 23.02.2026
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Date de création : 13.06.2011
Dernière mise à jour :
26.02.2026
12037 articles
L'auteure :
Lætitia Colombani
est une réalisatrice, actrice, scénariste et écrivaine française.
Elle est née en 1976 à Bordeaux; sa mère est bibliothécaire.
Après deux années de classe préparatoire Cinésup à Nantes, elle entre à l’École nationale supérieure Louis-Lumière.
Elle obtient son diplôme en 1998.
Elle écrit et réalise des courts-métrages, puis deux longs-métrages : À la folie... pas du tout (2002) avec Audrey Tautou, Samuel Le Bihan et Isabelle Carré, qui remporte le Prix Sopadin Junior du meilleur scénario, puis Mes stars et moi (2008) avec Kad Merad et Catherine Deneuve.
Elle travaille aussi pour la scène et coécrit la comédie musicale Résiste en 2015 d’après les chansons de France Gall composées par Michel Berger (Palais des Sports de Paris et tournée dans toute la France).
Elle est également comédienne à la télévision et au cinéma, dans une douzaine de longs métrages, dont Cloclo de Florent Emilio Siri, sorti en 2012, et Fête de famille, de Cédric Kahn en 2019.
La Tresse
Son premier roman La Tresse, paraît chez Grasset en mai 2017.
Il relate l'histoire de trois femmes aux destinées très différentes, et vivant en Inde, en Sicile et au Canada.
Le roman « s’est arraché à l’étranger avant même sa sortie » et « avait déjà été vendu à 17 pays ».
Il connaît rapidement « le succès » en France également : il est tiré à plus de
54 000 exemplaires en deux semaines, se vend à plus de 150 000 exemplaires en deux mois, et en juin 2019 il compte un million d'exemplaires vendus, grand format et poche confondus.
Le roman est traduit dans 36 langues. Il remporte plus d'une vingtaine de prix littéraires en France et à l'étranger, dont le 40° Prix Relay des Voyageurs Lecteurs, le Trophée littéraire 2017 des Femmes de l'Économie et le Globe de Cristal 2018 du premier roman.
L'album pour enfant La tresse ou le voyage de Lalita, adapté du roman, est paru en novembre 2018.
Les Victorieuses
Le 15 mai 2019, son deuxième roman, Les Victorieuses, est publié par les éditions Grasset.
L'intrigue se développe autour du palais de la Femme à Paris.
Le cerf-volant ( 2021 ) est son troisième roman.
L'histoire :
Brisée, après le drame personnel qui a fait basculer sa vie, Léna décide de tout quitter et abandonne la France et son poste d'enseignante pour partir en voyage en Inde, au bord du Golfe du Bengale, pour tenter de se reconstruire.
Hantée par les fantômes du passé, elle ne connait de répit qu'à l'aube, lorsqu'elle descend nager dans l’océan Indien.
Sur la plage encore déserte, elle aperçoit chaque matin une petite fille, seule, qui joue au cerf-volant.
Un jour, emportée par le courant, Léna manque de se noyer.
La voyant sombrer, la fillette donne l'alerte.
Léna est miraculeusement secourue par la Red Brigade, un groupe d'autodéfense féminine, qui s'entraînait tout près.
Léna veut remercier l'enfant mais comment peut-elle faire?
Elle découvre que la petite âgée de dix ans, travaille sans relâche dans le restaurant d’un cousin, qui l'a recueillie et l'exploite.
Elle n'a jamais été à l'école, ne sait ni lire ni écrire, et s’est murée dans un mutisme complet suite au drame qui a marqué sa jeune vie.
Lena se met en tête de lui apprendre à lire et à écrire.
Aidée de la tumultueuse Preeti, la jeune cheffe de brigade au caractère explosif, dont Lena va tenter de percer le secret, Léna se lance dans un incroyable projet : fonder une école pour tous les enfants du quartier qui en sont privés.
Au cœur de ce monde dont elle ignore tout commence alors une incroyable aventure où se mêlent l’espoir et la colère, la volonté face aux traditions, et le rêve de changer la vie par l’éducation…
La rencontre inoubliable et réparatrice entre une femme, une jeune fille et une enfant au milieu d'une Inde tourmentée.
Critiques :
Un hymne puissant à la sororité.
Marie-Claire.
Bouleversant. Un très beau récit sur la reconstruction et le don.
Le Parisien.
Un roman généreux et courageux sur l'émancipation des femmes.
Le Figaro littéraire.
Epigraphes :
« Ne marche pas devant moi, je ne te suivrai peut-être pas. Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderai peut-être pas. Marche à coté de moi et sois simplement mon amie.»
Albert CAMUS
« Le malheur est grand, mais l'homme est plus grand que le malheur.»
Rabindranath TAGORE
«L'éducation n'est pas une préparation à la vie : l'éducation est la vie même.»
John DEWEY
Extraits :
« Elle aimait l’effervescence de la reprise après les longues vacances d’été. L’odeur des protège-cahiers lisses et neufs, les crayons, les feutres venant gonfler le cuir souple des trousses, les agendas immaculés, les tableaux fraîchement nettoyés lui procuraient une indicible joie, la certitude réconfortante d’un éternel recommencement. Elle se revoit à la maison, dans les couloirs du collège, active, empressée. Le bonheur était là, tapi dans ces infimes instants du quotidien, dont la régularité lui offrait le sentiment d’une existence immuable, protégée.
Qu'elle paraît loin , sa vie d'alors. À l'évocation décès souvenirs, Léna se sent glisser dans un océan d'angoisse dont elle ne sait comment se libérer. Le doute l'assaille soudain. Que fait-elle ici, au fin fond du sous-continent indien, à des années lumière de chez elle ? Quel étrange caprice du sort l'a menée dans ce village au nom imprononçable où rien ne l'attendait, où l'existence est aussi âpre et rugueuse que les mœurs de ses habitants ? Qu'est-elle venue chercher ? L'Inde l'a dépossédée de ses repères comme de ses certitudes. Dans ce monde nouveau, elle a cru dissoudre sa peine - humaine tentative, pauvre rempart qu'elle a voulu opposer au malheur, comme on construit un château de sable au bord d'une mer déchaînée. La digue n'a pas tenu. Le chagrin la rattrape, lui colle à la peau comme ses vêtements trempés dans la moiteur d'été. Il lui revient, intact, en ce jour de rentrée.»
Sortir les mères de la pauvreté pour sortir les enfants du travail | Le Devoir
« Ici les petits travaillent comme leurs aînés, ils sont source de revenus. Ils triment dans les moulins à riz, dans la poussière et le bruit assourdissant des broyeurs, dans les ateliers de tissage, les sites de briques à four, les mines, les fermes, les plantations de jasmin, de thé, de noix de cajou, les verreries, les usines d'allumettes, de cigarettes, les rizières, les décharges à ciel ouvert.
Ils sont vendeurs, cireurs de chaussures, mendiants, chiffonniers, ouvriers agricoles, tailleurs de pierre, conducteurs de vélos-taxis. Si Léna le savait en théorie, elle en a pris toute la mesure en s’installant ici : l’Inde est le plus grand marché de main-d'œuvre enfantine au monde.»
« Bien sûr, les autorités démentent ces pratiques : officiellement, la loi interdit le travail des mineurs de moins de quatorze ans, mais elle prévoit une exception notable "s'ils sont employés dans le cadre d'une entreprise familiale"... Une petite clause qui concerne la majorité des enfants exploités. Quelques lignes, pour des millions de gosses à l'avenir amputé. Les filles sont les premières victimes de ce travail forcé. Contraintes de rester à la maison, elles s'occupent de leurs frères et soeurs, cuisinent, vont chercher de l'eau, du bois, font le ménage, la vaisselle, la lessive, tout au long de la journée.»
« Si Léna reconnaît que ces années d'enseignement ont érodé son ardeur et son énergie, ses convictions restent inchangés: l'éducation comme une arme de construction massive, elle y croit.
"Les enfants ont tout, sauf ce qu'on leur enlève", écrivait Jacques Prévert – cette phrase l'a guidée durant cette odyssée, tel un mantra. Léna veut être celle qui rendra à ces gosses ce qu'on leur a pris. Elle les imagine parfois entrer à l'université, devenir ingénieurs, chimistes, médecins, instituteurs, comptables ou agronomes. Lorsqu'ils auront reconquis ce territoire qu'on leur a si longtemps interdit, elle pourra dire à tous, au village : Regardez ces enfants un jour, ils dirigeront le monde et il n'en sera que meilleur, car il sera plus juste et plus grand. Il y a une forme de candeur dans cette pensée, et de l'orgueil bien sûr, mais aussi de l'amour, et, plus que tout, la foi en son métier.»
« School ! School ! » Le gamin continue de crier et ce mot est comme un affront à la misère, un grand coup de pied balayant les castes millénaires de l'Inde, rebattant les cartes de la société. Un mot en forme de promesse, un laissez-passer pour une autre vie. Plus qu'un espoir : un salut. « Plus qu’un espoir : un salut. Léna le sait, à l’instant même où ces enfants passeront la porte de l’école, à la minute où ils pénétreront entre ces murs, la vie cessera de leur être hostile et s’ouvrira sur une certitude : l’éducation est leur seule chance de s’affranchir du sort auquel leur naissance les a condamnés. »
« La petite fille est là, elle aussi. Elle se tient, droite et fière, au milieu de l'agitation et du bruit. elle ne prend part ni aux jeux ni aux discussions. Elle est là, simplement, et sa présence justifie à elle seule tous les combats de ces derniers mois.
Léna observe son visage, ses cheveux tressés, sa silhouette menue dans cet uniforme d'écolière qu'elle arbore tel un étendard, cette tenue qui n'est pas seulement un morceau de tissu mais une victoire.
Le rêve d'une autre, qu'elles réalisent ensemble, aujourd'hui.
Léna fait signe à l’enfant. La petite s’avance vers la cloche et l’agite vigoureusement. Il y a dans ce geste plus que de l’énergie, une forme d’affirmation de soi, une confiance nouvelle en l’avenir qui bouleverse Léna. Le tintement résonne dans l’air clair du matin. Les jeux et les cris s’interrompent. Les élèves se dirigent vers la salle aux murs blancs, franchissent la porte, s’assoient sur les tapis, saisissent les livres et les cahiers que Léna leur tend.
Ils lèvent les yeux vers elle et soudain, le silence se fait, un silence si profond que l’on pourrait entendre un insecte voler. Dans le ventre de Léna, le papillon accélère la cadence. Elle prend alors une grande inspiration.
Et la leçon commence.»
« Partir, prendre le large, l'idée s'est imposée à elle comme une évidence, par une nuit sans sommeil. Se perdre loin, pour mieux se retrouver. Oublier ses rituels, son quotidien, sa vie bien réglée. Dans sa maison silencieuse où chaque photo, chaque objet lui rappelle le passé, elle craignait de se figer dans la peine, comme une statue de cire au milieu d'un musée. Sous d'autres cieux, d'autres latitudes, elle reprendra son souffle et pansera ses blessures. L'éloignement se révèle parfois salutaire, songe-t-elle. Elle sent qu'elle a besoin de soleil, de lumière. Besoin de la mer.
L'Inde, pourquoi pas ? »
« Dans une autre vie, elle aurait été la première à compulser les guides de voyage, à se lancer dans une exploration approfondie des environs. La force lui manque aujourd'hui. Elle se sent incapable de s'émerveiller devant quoi que ce soit, d'éprouver la moindre curiosité pour ce qui l'entoure, comme si le monde s'était vidé de sa substance et n'offrait plus qu'un espace vide, désincarné.»
« De temps en temps, elle aperçoit un cerf-volant près de la ligne d'horizon. C'est un engin de fortune, maintes fois rapiécé, tenu par une enfant. Elle est si frêle et si menue qu'on dirait qu'elle va s'envoler cramponnée à son fil de nylon comme le Petit Prince à ses oiseaux sauvages, sur cette illustration de Saint-Exupéry que Léna aime tant. Elle se demande ce que la gosse fait là, sur cette plage, à l'heure où seuls les pêcheurs sont levés. Le jeu dure quelques minutes, puis la petite fille d'éloigne et disparaît.»
« Sans plus de commentaires, l'infirmière sort de sa blouse un morceau de papier qu'elle lui tend : il s'agit d'un mantra. Quand vous sortirez, allez au temple remercier Shiva, souffle-t-elle. En général, on offre des fleurs ou des fruits, ou quelque chose de précieux. Certains donnent même leurs cheveux...Drôle d'idée, songe Léna qui n'a pas la force de protester, ni le courage d'expliquer qu'elle ne croit plus en rien, ni en Dieu ni en quoi que ce soit. Elle saisit docilement le mantra, avant de sombrer dans les limbes d'un sommeil agité.»
« La distance, croyait-elle, l'aiderait à panser ses blessures, à se relever ; elle s'est trompée. Elle se sent encore plus mal encore qu'à son arrivée. Elle maudit le jour où elle a mis le pied dans ce pays. Ici tout lui est hostile, violent – la misère, le tumulte incessant, la foule qui se presse partout. "L'Inde rend fou", a-t-elle lu un jour – elle comprend le sens de ces mots à présent. Face à la détresse des enfants, elle s'est trouvée désarmée, impuissante à en crever.»
«Chaque matin, elle descend sur la plage avec le cerf-volant, pour quelques instants volés au jour naissant. C'est le seul moment où Léna la voit courir et jouer. Le seul où elle redevient une enfant, loin de l'astreinte du restaurant. Léna s'assoit sur le sable et la regarde s'élancer dans le vent. À cette heure que nul bruit ne vient troubler, elles sont deux âmes solitaires à se partager le spectacle de la mer, dans la lumière du soleil levant.»
« Léna sait qu'ici les classes les plus pauvres n'ont pas accès à l'éducation. Une réalité inacceptable pour l'enseignante qu'elle a été. Certes, l'enthousiasme et l'entrain de ses débuts se sont émoussés au fil du temps, comme la passion s'érode dans un vieux couple. Les classes surchargées, les conditions matérielles souvent précaires, les moyens insuffisants, le manque de reconnaissance général vis-à-vis de sa profession ou l'inertie d'une certaine administration ont rogné ses ailes, amoindri son élan.»
«Girl. No school. »
La phrase tombe comme un couperet, une punition. Pire, une condamnation. Léna reste sans voix. À regarder la petite s’éloigner, munie de son éponge et de son balai, elle a envie de hurler. Elle donnerait n’importe quoi pour transformer ces accessoires en stylo, en cahier. Hélas, elle n’a pas de baguette magique, et l’Inde n’a rien d’un décor de conte de fées.
Naître fille ici est une malédiction, pense-t-elle en quittant le dhaba. L’apartheid commence à la naissance et se perpétue, de génération en génération. Maintenir les filles dans l’ignorance est le plus sûr moyen de les assujettir, de museler leurs pensées, leurs désirs. En les privant d’instruction, on les enferme dans une prison à laquelle elles n’ont aucun moyen d’échapper. On leur retire toute perspective d’évolution dans la société. Le savoir est un pouvoir. L’éducation, la clé de la liberté.»
«Tandis qu'il quitte le bord de mer, elle voit le paysage se transformer en une succession d'habitations misérables, d'échoppes et de cahutes précaires ; certaines paraissent si fragiles qu'elles menacent de s'envoler au moindre souffle d'air.
Pourtant proche, son hôtel semble à des années lumières de là. Les deux mondes se côtoient, sans se rencontrer. Les enceintes des établissements touristiques délimitent un espace protégé, qui ne laisse rien passer de la misère environnante.»
« Elle décrit les coups, les humiliations constantes. Elle raconte comment, dans l'état voisin du Kerala, les gens de sa condition devaient jadis marcher à reculons munis d'un balai pour effacer les traces de leurs pas, afin de ne pas souiller les pieds des autres habitants qui empruntaient le même chemin. Encore aujourd'hui, il leur est interdit de toucher les plantes et les fleurs, dont on prétend qu'elles fanent à leur contact. Partout, les Dalits sont assignés aux tâches les plus ingrates. Une soumission institutionnalisées par la religion hindoue qui les place tout en bas de l'échelle des castes, à la périphérie de l'humanité.
« Au fil du temps, les mentalités n'ont guère changé : les Intouchables demeurent des parias, des êtres impurs bannis de la société. Et les filles sont considérées comme inférieurs aux garçons. Naître femme et "Dalit" est ainsi la pire des malédictions. Elle- même peut en témoigner, comme chaque membre de sa brigade. Toutes sont des rescapées, toutes victimes d'un cruel paradoxe : ces filles qu'on ne doit pas toucher, on n'hésite pas à les violer.»
« L’avenir d’une gosse de dix ans ne les intéresse pas. Le sort des filles n’émeut personne. Elles sont abandonnées de tous, illettrées et asservies, dans ce pays qui ne les aime pas. Voilà la vérité. Voilà l’Inde, la vraie, conclut-elle. Celle qu’aucun guide touristique n’osera lui raconter.»
« Ce pays dont on vante tant la splendeur, la culture et les traditions, serait-il un monstre à deux têtes ? Est-il possible qu’il soit le territoire de tant d’injustices ? Que les droits des femmes et des enfants y soient à ce point bafoués ?Léna quitte le garage, sonnée. À travers les mots de la cheffe, elle vient d'entrevoir un tout autre visage du sous-continent indien. Cette contrée, berceau de l’humanité, qui a vu naître Bouddha, la médecine ayurvedique et le yoga, cache une société profondément divisée, qui sacrifie tous ceux qu’elle devrait protéger.»
« Cette main tendue sans arrogance, sans arrière-pensée, est bien plus qu'un simple salut. Elle signifie : Tu es comme moi. Je n'ai pas peur de te toucher. Je me moque bien de ton statut et de ta soi-disant impureté. Je te considère en égale et t'offre mon respect.
À son expression, Léna comprend que ce contact, personne ici ne l'aurait osé. Cela lui donne une bonne raison d'insister. Sa main reste suspendue dans le vide, durant quelques secondes qui semblent une éternité et viennent effacer des siècles d'outrage et d'indignité. La cheffe n'hésite pas longtemps. Elle la serre et soudain, plus besoin de mots, tout est dit. L'essentiel est là, dans ces phalanges accolées, brunes et claires, pas encore amies mais plus tout à fait étrangères.»
« La vérité est loin de ce qu’elle imaginait. Ainsi la fillette est en deuil, déraciné ; elle grandit comme une fleur coupée, loin de tout ce qu’elle a connu et aimé. Son prénom même lui a été volé : désireux d'échapper aux discriminations dont sont victimes les Intouchables, le tenancier et sa famille ont décidé de changer de religion, à l'instar de nombreux dalits de la région. Fuyant l'impitoyable diktat des castes, ils ont effacé leur identité et jusqu'à leur nom, qui révélait leur appartenance à cette communauté. Ils sont chrétiens désormais, et considérés comme tels dans les environs. Ils sont devenus James et Mary. Quant à la petite, ils l'ont rebaptisée Holy.»
«Elle tressaille aujourd'hui à la pensée de ce qui aurait pu lui arriver. Un peu partout dans le pays, les réseaux de prostitution enlèvent des milliers de gamines pour les envoyer dans le terrible quartier de Kamathipura, à Bombay, où elles sont vendues, battues et asservies – on y trouve le plus forte concentration de maisons closes au monde. Le long de la célèbre Falkland Road, il n'est pas rare de voir des fillettes de douze ans en cage : les plus jeunes sont les plus chères et les plus prisées.»
«Parfois surnommé ″le paradis des hommes″, l'endroit est assurément l'enfer des femmes. Les trafiquants peu scrupuleux savent où chercher leurs jeunes recrues et sillonnent sans relâche les villages pauvres et les usines à tapis, inépuisables viviers de leur commerce.»
« De séance en séance, Léna apprend à connaître cette fille farouche au caractère bien trempé, dont elle ne tarde pas à comprendre qu'elle est semblable à son thé : rugueuse et abrupte au premier abord, Preeti révèle des nuances et une sensibilité insoupçonnées, que Léna se surprend, au fil du temps, à apprécier.»
« Léna est bientôt saisie d’une certitude : il lui sera impossible de reprendre le cours de sa vie ici. Elle a l’impression de se tenir à la lisière de deux mondes, n’appartenant ni tout à fait à l’un, ni tout à fait à l’autre. Elle a voulu faire un pas de côté en entreprenant ce voyage, et ce pas s’est transformé en fossé.
« Lors d'une nuit plus agitée que les autres, une idée lui vient. Une idée singulière, insensée.
Bâtir une école à Mahäbalipuram.
Une école pour Lalita
Et pour toutes celle et ceux qui, comme elles, ne sont pas nés au bon endroit.
Leur donner ce que la vie leur a refusé.
Tout recommencer.
Repartir de zéro.
Accepter ce qui est.
Vivre, à nouveau.
Renaître, peut-être.»
« Elle s'est exilée loin, sur une terre qu'aucun d'eux n'avait jamais foulée, vierge de tout souvenir, pour essayer de se reconstruire. Certains de leurs amis n'ont pas compris ; ils ont pensé qu'elle tentait de fuir. Léna n'a pas cherché à les détromper. Le deuil est un chagrin indivisible, que nul ne vous aide à porter. À chacun de s'en arranger.»
« Leur histoire n'était pas de celles qui inspirent les films bollywoodiens : il n'y avait pas de rebondissements, pas de péripéties, pas de grandes déclarations. Juste une tendresse infinie, une complicité de corps et d'esprit. Un bonheur fait de mille petits riens, qui ne craint pas l'épreuve du quotidien mais s'en trouve renforcé. Un amour au long court.
Un amour, tout court.»
« Elle entrevoit, à cet instant, l'abîme qui sépare les hautes castes des plus infortunées, depuis des siècles et des siècles, ce gouffre béant qui engloutit des millions d'hommes, de femmes et d'enfants et que personne ici, non, personne, ne semble vouloir combler ni refermer.»
« Si tous ne sont pas aussi bornés, elle se heurte de plein fouet à cette réalité : le travail des petits représente un revenu dont la plupart des parents du village ne pourront se passer.»
« Après trois tasses de chaï brûlant en signe de réconciliation, Léna se retrouve seule. A-t-elle pris la bonne décision ?... Face à Preeti, elle n'a pas voulu baisser la garde mais au fond, elle doute. Elle sait bien qu'il n'y a pas de noblesse à acheter l'avenir d'un enfant, à soumettre par l'argent un villageois infortuné.»
« Une balançoire, c'est important, dit-elle. Elle veut croire que l'accessoire est essentiel. Elle y voit un symbole : celui de l'espoir, de la liberté retrouvée. L'escarpolette est comme le cerf-volant, songe-t-elle, elle part du sol pour monter dans les airs, défiant les lois de la gravité. Il en sera de même de ces enfants, nés dans la misère, qui s'élèveront par l'éducation.»
« Elle a appris à reconnaître ces kolams que les femmes tracent sur le sol devant leur maison, dès le point du jour, à la poudre de riz, selon une antique tradition du sud de l'Inde. Formées de points savamment disposés à intervalles réguliers et de lignes courbes qui les relient, leurs fragiles créations s'estompent au fil des heures sous les pieds des passants, les roues des voitures où les bourrasques de vent. Un art de l'éphémère qui le rend d'autant plus fascinant.»
« Les filles repartent à la nuit tombée, prenant soin de dissimuler sous leurs uniformes les paquets que Léna leur a distribués. À les regarder s’éloigner ainsi, précautionneuses et gênées, Léna a l’impression de participer à quelque trafic illégal, honteux ou interdit. Elle songe qu’ici la vie des femmes est un parcours du combattant, chaque mois renouvelé. Et qu’il suffit parfois d’un simple morceau de coton pour leur offrir un peu de liberté.»
« Elle vitupère contre ces hommes et ces femmes qui mentent à leurs enfants : aux petites filles, on raconte que le mariage sera le plus beau jour de leur vie. Qu'elles recevront de beaux vêtements, des bijoux et du maquillage. Elles fantasment sur le monde merveilleux qui les attend, se pliant docilement à l'apprentissage des tâches ménagères dont elles auront la charge. Quelle n'est pas leur déconvenue lorsqu'elles découvrent une tout autre réalité : une servitude absolue, pour le restant de leurs jours, envers l'homme qu'elles ont épousé et sa famille.»
« Elle entend déjà siffler à ses oreilles la voix de ses détracteurs : ils diront que son regard est biaisé, lourd de préjugés occidentaux sur un monde qui lui est étranger. Qu’elle n’a nullement le droit de condamner ces mœurs. Ils l’accuseront de s’ériger en juge, en censeur, dans un pays qui n’est même pas le sien. Léna se moque bien de ce qu’on pourra lui reprocher. Ces arguments ne tiennent pas longtemps face aux larmes d’une enfant de dix ans que l’on vient de marier. Peu importe que l’on soit indien ou français, savant ou illettré, que l’on connaisse ou non la culture du pays, quiconque a déjà vu une petite fille pleurer le jour de ses noces en a eu le cœur brisé.»
mariage forcé en inde - Bing images
« Léna sent l'émotion la submerger. Elle a envie de hurle, de crier aux voleurs ! comme dans les jeux d'enfants. Aux voleurs de joie, d'innocence, d'avenir, aux voleurs de talent et d'intelligence. La phrase de Prévert lui revient de plein fouet : "Les enfants ont tout, sauf ce qu'on leur enlève." Ce qu'on enlève à Janaki aujourd'hui est perdu pour l'éternité.»
Lorsque Léna pénètre dans la pièce, la jeune fille est en train de pleurer. Elle a été coiffée d'une tiare, revêtue d'un sari rouge et or comme le veut la tradition ; de longs voiles tombent à ses pieds. Elle sanglote en silence. Ses larmes ont fait couler le maquillage outrancier et criard dont on l'a affublée, qui s'accorde si mal à ses traits juvéniles. Il est une insulte, un outrage, un attentat à son enfance.
Lalita se tient auprès d'elle; elle semble partager sa peine. Les deux amies ne se reverront plus.
Après la cérémonie, Janaki quittera le village pour rejoindre celui de son mari, à une centaine de kilomètres. Nul ne sait quand elle reviendra. Sa belle-famille en décidera.»
« L'adolescente secoue tristement la tête. Les filles qui lisent font de mauvaises épouses, lui a dit sa belle-mère. Elle a ajouté qu’elle n’aurait pas le temps pour ce genre de futilités : du travail l'attend dans les champs de canne à sucre où trime son futur mari. Sans compter que tous espèrent, au plus vite, la nassance d'un héritier.»
« Auprès de son fiancé, la jeune fille assiste d’un air absent aux vœux prononcés par le pandit (prêtre ou officiant du mariage). Son regard est vide, résigné. En elle, quelque chose s’est éteint, comme un reste d’enfance qui vient de s’envoler. »
« La vie de l'école reprend, malgré tout. Léna déteste le sentiment d'impuissance qui l'accable, mais elle le sait : son champ d'action est limité. Elle ne peut changer le monde et doit l'accepter. Son pouvoir s'arrête aux portes de la salle de classe, dérisoire enclave, pauvre bastion aucœur de ce village si attaché à ses traditions. "L' impossible, nous ne l'atteignons pas, mais il nous sert de lanterne", a écrit René Char. Léna tente de s'accrocher à cette idée, à cette petite lumière qu'elle a voulu allumer, un minuscule lampion qui faibli aujourd'hui mais qui demain, espère-t-elle, retrouvera son ardeur et sa vivacité. Il faut continuer, ne pas se laisser entamer, reprendre la lutte, au nom de ces enfants qui l'attendent chaque matin. Pour eux, Léna veut croire et espérer que quelque chose finira par changer.»
«Léna s'enferme dans sa cahute ce soir-là, seule et misérable. La vision d'Anbu a balayé en un instant les jeux sur la page, les rires de ses élèves, les ballons et les cerfs-volants. Elle ne voit plus que cela, le visage de ce gosse qui jamais n'apprendra à lire, car il y aura toujours un tenancier avide et un père de famille désespéré pour le sacrifier et l'asservir. Le défi est trop grand pense-t-elle. Elle se sent découragée. Comme Sisyphe, elle a poussé sa pierre tout en haut d'une montage et la voit cruellement retomber. A Lalita a succédé Anbu. L'enfer ne finit donc jamais.»
« Elles sont là, toutes les trois, entamées mais en vie. Trois combattantes, trois rescapées, trois guerrières. Chacune a traversé l'enfer et lui a survécu. Pas besoin d'avoir le même sang pour être sœur, fille ou mère, songe Léna. Elle se dit que la vie ne tient qu'à un fil, un fil de cerf-volant tenu par une enfant. Un fil qui les relie, à présent.»
Mon humble avis :
229 pages impossibles à lâcher d'une histoire bouleversante, poignante, d'une très belle écriture fluide, riche d'images, de couleurs, de détails.
Un livre sur l'amitié et la reconstruction.
L'auteure nous emmène en Inde, mais pas l'Inde des touristes, la vraie, celle d'un petit village : Mahäbalipuram , dans le district de Kanchipuram, Tamil Nadu, peuplé de gens aux coutumes et aux traditions ancestrales , illettrés, miséreux, où la pauvreté et le dénuement sont le lot de tous.
Elle nous fait découvrir le monde des intouchables, les Dalits placés par la religion indoue en bas de l'échelle des castes et assignés aux tâches les plus ingrates et méprisés de façon cruelle par le reste de la population.
C'est une Inde où l'enfant doit vite travailler comme les plus grands car il est une source de revenus, triste réalité car c'est le pays le plus connu comme étant le plus grand marché de main-d'œuvre enfantine du monde.
C'est une Inde surpeuplée d'enfants avec les problèmes de mendicité, de sous alimentation, de malnutrition, de mauvais traitements.
Et naître dans ce pays en tant que fille et de surcroit Dalit, est "une malédiction" : Condamnée dès l'enfance à aider la mère dans les travaux ménagers et pour garder les autres enfants, elles sont régulièrement violées sans aucune justice car dans ces cas là, c'est l'exclusion et la honte, jamais des victimes !
Dès qu'elles sortent de l'enfance, elles sont mariées et deviennent les esclaves de la famille du mari et sont souvent des victimes avec des grossesses précoces.
Sans oublier, les proxénètes et leur odieux trafic qui arpentent les villages pour trouver des toutes jeunes filles pour la prostitution!
Des tristes réalité dont l'auteure nous parle avec justesse et pudeur, colère et révolte : pas d'école, pas de lecture et donc privées d'instruction, d'éducation et de liberté, sujet merveilleusement développé dans ce roman.
Un pays ou les droits des enfants et des femmes se retrouvent complétement bafoués.
Avec des personnages attachants et sa façon sublime d'écrire, nous sommes touchées en plein cœur par ces tristes réalités, que l'on ne peut que constater sur le Net où ce n'est pas un roman !
« En septembre 2020, le viol et le meurtre d’une jeune Dalit par des membres d’une haute caste ont remis en lumière les persécutions dont sont victimes les anciens « intouchables ». Appuyée sur l’hindouisme, la société indienne impose toujours ségrégation et violences.»
https://www.lemonde.fr/international/article/2022/02/11/en-inde-les-dalits-dans-l-enfer-des-castes_6
Des personnages difficiles à quitter...Un très beau moment de lecture qui ne peut laisser indifférent !
elle a pas mal de cordes a son arc...bravo Madame...bon weekend brigitte,bisoushttp://gigirouette39.centerblog.net
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